Quelles sont les normes de sécurité à respecter pour un escalier conforme ?

# Quelles sont les normes de sécurité à respecter pour un escalier conforme ?

Les escaliers représentent l’un des éléments les plus dangereux dans une habitation ou un établissement recevant du public. Chaque année en France, plus de 225 000 accidents domestiques impliquent des escaliers, dont une majorité aurait pu être évitée grâce à une conception respectant les normes de sécurité. Qu’il s’agisse d’un escalier intérieur, extérieur, droit ou hélicoïdal, la conformité aux réglementations en vigueur n’est pas seulement une obligation légale pour certains types de bâtiments : elle constitue avant tout un gage de sécurité pour tous les usagers, particulièrement les enfants et les personnes à mobilité réduite.

La réglementation française encadre minutieusement la conception des escaliers à travers plusieurs textes normatifs complémentaires. Ces normes définissent précisément les dimensions des marches, la hauteur des garde-corps, les caractéristiques des revêtements antidérapants et les exigences d’éclairage. Comprendre ces règles techniques permet de garantir non seulement la sécurité des occupants, mais aussi le confort d’utilisation au quotidien. Un escalier bien dimensionné réduit la fatigue lors de la montée, minimise les risques de chute et s’adapte aux besoins de tous les utilisateurs.

Pour les propriétaires, architectes, artisans et professionnels du bâtiment, maîtriser ces normes devient indispensable dès la phase de conception. Les exigences varient selon la destination du bâtiment – habitation privée, immeuble collectif ou établissement recevant du public – et selon le type d’escalier. Chaque détail compte : de la hauteur de marche au giron, en passant par l’espacement des barreaux de garde-corps et le coefficient de glissance du revêtement. Une approche rigoureuse de ces paramètres techniques assure la conformité réglementaire tout en optimisant l’ergonomie de l’ouvrage.

Le cadre réglementaire des escaliers : DTU 36.1, NF P01-012 et arrêté du 24 septembre 2020

Le paysage normatif français concernant les escaliers repose sur plusieurs textes de référence qui s’articulent pour couvrir l’ensemble des aspects techniques et sécuritaires. Ces documents définissent des prescriptions précises selon le type de bâtiment et l’usage prévu. La connaissance de ce cadre juridique est essentielle pour tout projet de construction ou de rénovation impliquant un escalier.

DTU 36.1 : prescriptions techniques pour les menuiseries en bois et escaliers

Le Document Technique Unifié 36.1, établi par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, constitue la référence professionnelle pour la fabrication et la pose des escaliers en bois. Ce document détaille les exigences de conception, les règles de calcul de structure, les tolérances dimensionnelles et les techniques d’assemblage. Il précise notamment les essences de bois recommandées selon l’usage, les traitements de protection nécessaires et les méthodes de fixation garantissant la stabilité de l’ouvrage.

Le DTU 36.1 aborde également les aspects esthétiques et fonctionnels, comme le choix des finitions, la protection contre l’usure et les déformations acceptables dans le temps. Pour les professionnels, ce document fait référence en cas de litige et sert de base contractuelle lors de la réception des travaux. Son respect garantit une durabilité optimale de l’escalier et prévient les désordres structurels qui pourraient compromettre la sécurité des usagers.

Norme NF

Norme NF P01-012 : dimensions normalisées des marches et contremarches

La norme NF P01-012 définit les règles de sécurité relatives aux dimensions des garde-corps, mais elle est systématiquement associée, en pratique, aux prescriptions concernant les marches et contremarches d’escalier. Elle fixe notamment les principes de base pour limiter les risques de chute, en imposant une régularité stricte des hauteurs de marches et des girons sur toute la volée. Une variation trop importante entre deux marches successives crée en effet un « piège » pour l’utilisateur, particulièrement dangereux lors de la descente.

Cette norme précise également les hauteurs minimales de garde-corps selon la nature du bâtiment (habitation, immeuble collectif, ERP) ainsi que les espacements maximum entre les éléments de remplissage (barreaux, lisses, vitrages). Même si, pour une maison individuelle occupée par son propriétaire, ces valeurs ne sont pas toujours juridiquement obligatoires, elles constituent le référentiel de sécurité utilisé par les assureurs, les bureaux de contrôle et les tribunaux en cas d’accident. S’y conformer permet donc d’anticiper toute contestation sur la conformité de l’escalier.

Arrêté du 24 septembre 2020 relatif à l’accessibilité des ERP

L’arrêté du 24 septembre 2020 est venu actualiser et préciser les exigences en matière d’accessibilité dans les établissements recevant du public (ERP), en particulier pour les cheminements verticaux comme les escaliers. Il détaille les dispositifs à mettre en place pour garantir l’accessibilité des personnes en situation de handicap : bandes d’éveil à la vigilance en haut des volées, nez de marche contrastés, continuité des mains courantes, ou encore caractéristiques des paliers de repos. Cet arrêté complète les textes antérieurs de 2006, en intégrant le retour d’expérience de plus de dix ans d’application.

Dans un escalier d’ERP conforme, la première et la dernière marche doivent être clairement identifiées par une contremarche de couleur contrastée d’au moins 10 cm de hauteur, et les nez de marche doivent présenter un contraste visuel sur au moins 3 cm. L’arrêté impose également un dispositif d’éveil podotactile à 50 cm de la première marche de descente, permettant à une personne malvoyante de détecter tactilement l’approche du vide. Pour un exploitant, respecter ces prescriptions ne relève pas uniquement d’une obligation réglementaire : c’est aussi une manière concrète de réduire les risques d’accident et de responsabilité civile.

Décret n°2006-1657 : obligations pour les bâtiments d’habitation neufs

Le décret n°2006-1657 du 21 décembre 2006 concerne l’accessibilité des bâtiments d’habitation collectifs et des maisons individuelles neuves destinées à la location ou à la vente. Il impose que les cheminements, y compris les escaliers, soient conçus pour être utilisables par les personnes handicapées, quels que soient leur handicap et leurs aides techniques. Concrètement, cela se traduit par des exigences sur la largeur des escaliers, la présence de mains courantes continues, la régularité des marches et la qualité de l’éclairage.

Dans un immeuble d’habitation neuf, la hauteur maximale de marche doit rester inférieure ou égale à 17 cm, le giron être d’au moins 24 cm, et la largeur minimale d’emmarchement atteindre 1,00 m pour les circulations communes. Le décret renvoie, pour de nombreux détails techniques, aux normes françaises comme la NF P01-012 et la NF P21-201. Pour un maître d’ouvrage, cela signifie qu’un escalier non conforme peut être considéré comme un vice de construction et engager sa responsabilité pendant de nombreuses années.

Formule de blondel et dimensionnement ergonomique des marches

Au-delà des textes réglementaires, la conception d’un escalier confortable et sûr repose sur des principes ergonomiques éprouvés. La plus connue de ces règles est la formule de Blondel, utilisée par les charpentiers et les architectes depuis des décennies pour ajuster la hauteur de marche et le giron. L’objectif est simple : rapprocher le mouvement de marche dans un escalier du pas naturel sur le plat, afin de limiter la fatigue musculaire et les déséquilibres.

Un escalier conforme n’est donc pas uniquement celui qui respecte des valeurs minimales ou maximales : c’est aussi celui qui offre un rythme de marche régulier et intuitif. Vous l’avez sans doute déjà ressenti : certains escaliers se montent « tout seuls », tandis que d’autres semblent raides, inconfortables, voire dangereux. C’est précisément la bonne application de la règle de Blondel qui fait la différence.

Application de la règle 2H + G entre 60 et 64 cm

La règle de Blondel peut se résumer par la formule suivante : 2H + G, où H est la hauteur de marche et G le giron. Pour un escalier confortable et sécurisé, le résultat doit se situer entre 60 et 64 cm, avec une plage idéale autour de 62 à 63 cm. Cette relation traduit l’équilibre entre l’effort fourni pour lever la jambe et la longueur de pas horizontale.

Par exemple, pour une hauteur de marche de 17 cm et un giron de 28 cm, on obtient 2 x 17 + 28 = 62 cm, ce qui correspond à un escalier très agréable à l’usage. À l’inverse, un escalier combinant des marches hautes et un giron trop court (par exemple 20 cm de hauteur et 21 cm de giron) donnerait 2 x 20 + 21 = 61 cm sur le papier, mais serait en réalité très raide, car à la limite basse de confort et peu tolérant aux erreurs de pas. C’est pourquoi la règle de Blondel doit toujours être interprétée en tenant compte du contexte et de l’usage prévu.

Hauteur de marche réglementaire : minimum 16 cm et maximum 21 cm

La hauteur de marche est l’un des paramètres les plus déterminants pour la sécurité d’un escalier. En France, les normes et recommandations convergent vers une hauteur minimale conseillée de 16 cm et une hauteur maximale de 21 cm, avec des exigences plus strictes (≤ 17 cm) pour les ERP et les immeubles récents. Une marche trop haute augmente l’effort à fournir, notamment pour les personnes âgées ou les jeunes enfants, et fatigue rapidement à la montée.

À l’inverse, des marches très basses multiplient le nombre de contremarches pour une même hauteur à franchir, ce qui peut paradoxalement accroître la fatigue et perturber le rythme de marche. Surtout, la régularité de la hauteur d’une marche à l’autre est capitale : un écart de plus de 5 mm entre deux marches successives est déjà perceptible par le corps et augmente le risque de faux pas. Lors de la conception d’un escalier conforme, on cherchera donc à maintenir toutes les marches dans une plage de 16 à 18,5 cm pour un usage courant, tout en respectant la destination du bâtiment.

Giron minimal de 24 cm pour un confort de passage optimal

Le giron, c’est-à-dire la profondeur utile de la marche mesurée de nez à nez, conditionne la stabilité du pied à la montée comme à la descente. En dessous de 24 cm, il devient difficile de poser le pied entièrement, surtout avec des chaussures larges, ce qui oblige l’utilisateur à « accrocher » le nez de marche avec le talon ou la plante du pied. Cette situation est particulièrement dangereuse pour les personnes âgées ou souffrant de troubles d’équilibre.

Pour un escalier d’habitation confortable, un giron compris entre 24 et 28 cm est généralement recommandé, sachant que les ERP exigent au minimum 28 cm de profondeur. Dans les escaliers extérieurs, souvent soumis à l’humidité ou au gel, un giron plus généreux améliore encore la sécurité en laissant plus de surface d’appui pour des revêtements antidérapants. Là encore, le bon compromis se trouvera en appliquant la règle de Blondel tout en anticipant les usages réels de l’escalier.

Profondeur du nez de marche et débord normalisé de 3 à 5 cm

Le nez de marche désigne le bord saillant de la marche, souvent légèrement débordant par rapport à la contremarche. Son rôle est double : augmenter légèrement la surface utile de la marche sans allonger excessivement l’escalier, et améliorer la perception visuelle de la rupture de niveau. Dans un escalier conforme, ce débord se situe généralement entre 3 et 5 cm, ce qui offre un bon compromis entre confort et sécurité.

Un nez de marche trop important devient un obstacle que l’on risque de heurter, tandis qu’un nez inexistant réduit la surface de pose du pied. Les textes imposent en outre que le nez de marche soit non glissant, et, dans les ERP, qu’il soit contrasté visuellement sur au moins 3 cm de profondeur. Dans la pratique, on privilégiera des profilés spécifiques (alu, PVC ou inox avec insert antidérapant) qui répondent simultanément aux enjeux de durabilité, de sécurité et d’esthétique.

Garde-corps et rampes : exigences selon la norme NF P01-013

Un escalier conforme ne se limite pas à des marches bien dimensionnées : la protection contre les chutes latérales est tout aussi essentielle. La norme NF P01-013, complémentaire à la NF P01-012, fixe les méthodes d’essais et les critères de résistance des garde-corps et rampes d’escalier. Elle s’applique aussi bien aux habitations qu’aux ERP ou locaux professionnels, avec des niveaux d’exigence adaptés à la fréquentation du lieu.

On y trouve notamment les charges horizontales que doit supporter un garde-corps sans déformation excessive, les tests de chocs, ainsi que les dispositifs à mettre en œuvre pour éviter l’escalade par les enfants. Pour un particulier comme pour un professionnel, respecter ces prescriptions, c’est s’assurer que la rampe d’escalier joue son rôle de filet de sécurité en toutes circonstances, y compris lors d’un mouvement de foule ou d’une chute accidentelle.

Hauteur minimale de 90 cm pour les habitations et 1 mètre pour les ERP

La hauteur du garde-corps est un paramètre clé pour prévenir les basculements par-dessus la rampe. En maison individuelle, la hauteur minimale communément admise est de 90 cm à partir du nez de marche, tandis que dans les ERP et les bâtiments accessibles au public, cette hauteur doit atteindre au minimum 1,00 m en partie horizontale. Sur une mezzanine ou une coursive, la plupart des textes recommandent même une hauteur de 1,00 m à 1,10 m, compte tenu du risque accru en cas de chute.

La mesure s’effectue toujours à la verticale du nez de marche ou du sol fini, jusqu’au dessus de la main courante ou de l’élément le plus haut du garde-corps. Une hauteur insuffisante peut sembler confortable à l’usage, mais elle augmente considérablement le risque de basculement, notamment pour les adultes de grande taille ou en cas de bousculade. Mieux vaut donc viser le haut de la plage réglementaire, surtout dans les zones de passage fréquent.

Espacement maximal de 11 cm entre les barreaux verticaux

Pour éviter qu’un enfant ne puisse passer la tête ou le corps à travers le garde-corps, la norme impose un espacement maximal de 11 cm entre les barreaux verticaux. Ce critère est devenu un standard de sécurité, repris dans la plupart des réglementations et préconisations d’assureurs. Il s’applique aussi bien aux escaliers qu’aux balcons et mezzanines, dès lors que la hauteur de chute potentielle dépasse 1 mètre.

Dans le cas des remplissages horizontaux (lisses, câbles), l’écartement autorisé est généralement plus large (jusqu’à 18 cm), mais ces dispositions exigent souvent une zone pleine en partie basse pour éviter l’escalade. Si vous envisagez un garde-corps design avec câbles inox, par exemple, il est donc indispensable de vérifier que la configuration choisie respecte ces limites d’espacement et ne crée pas de point d’appui accessible aux jeunes enfants.

Résistance mécanique : charge horizontale de 60 à 100 dan/ml selon usage

Un garde-corps efficace doit pouvoir résister sans faillir à une poussée accidentelle, à un appui prolongé ou à un choc. La norme NF P01-013 définit à cet effet des charges horizontales à appliquer au sommet du garde-corps, exprimées en daN par mètre linéaire (1 daN ≈ 1 kg). Pour une habitation privée, la charge de calcul courante est de 60 daN/ml, tandis que pour un ERP ou un lieu à forte fréquentation, elle peut monter à 100 daN/ml, voire davantage dans des contextes spécifiques (stades, tribunes).

En pratique, cela implique une conception soignée des poteaux, de leurs ancrages dans la structure (dalle béton, limon, nez de dalle) et du remplissage. Un garde-corps esthétiquement réussi mais mal fixé devient un « faux ami » dangereux. Lors d’un projet de rénovation, il est donc vivement conseillé de faire vérifier la résistance de l’existant, notamment dans les immeubles anciens où les standards de calcul n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui.

Zone de sécurité inférieure : soubassement de 45 cm pour prévenir les chutes d’objets

La zone basse du garde-corps, appelée soubassement, a pour vocation de bloquer la chute d’objets (jouets, bouteilles, outils) et d’empêcher les enfants de grimper. Pour les garde-corps de niveau dans les ERP ou les bâtiments accessibles au public, une partie pleine d’au moins 45 cm de hauteur est exigée, à partir du sol ou du nez de marche. Au-dessus de cette zone pleine, des éléments horizontaux peuvent être installés, à condition de respecter des espacements maximum (110 mm avec le sol, 180 mm entre lisses).

Dans un escalier, cette zone basse peut être constituée d’un muret, d’un vitrage feuilleté, de panneaux pleins ou de barreaudages serrés. Outre la sécurité, elle contribue à l’esthétique globale de l’escalier et à la sensation de protection ressentie par les usagers. En rénovation, remplacer une simple rampe par un garde-corps avec soubassement est souvent l’une des améliorations les plus efficaces pour sécuriser un palier ou une mezzanine.

Largeur de passage, emmarchement et échappée réglementaires

La géométrie d’un escalier ne se limite pas à ses marches et à son garde-corps. La largeur de passage (ou emmarchement) et la hauteur d’échappée sont tout aussi importantes pour assurer un usage confortable et sécurisant. Ces paramètres déterminent la capacité de circulation, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite et la possibilité de transporter des meubles ou du matériel.

Pour un escalier conforme, il convient de trouver un équilibre entre les contraintes de place disponibles, les exigences réglementaires et les besoins réels des utilisateurs. Un escalier trop étroit peut vite devenir un point noir au quotidien, tandis qu’une hauteur d’échappée insuffisante oblige les personnes grandes à se pencher, avec un risque de choc à la tête. Autant d’inconforts que l’on peut éviter en respectant quelques règles simples dès la conception.

Largeur minimale de 80 cm pour les escaliers privatifs et 1,20 m pour les ERP

En maison individuelle, la largeur minimale d’un escalier privatif est couramment fixée à 70 ou 80 cm, selon les références retenues. Dans la pratique, une largeur de 80 cm constitue un confort minimal pour permettre à une personne de monter ou descendre sans se tourner de profil et de manipuler des objets volumineux. Pour des logements collectifs ou des escaliers communs, la largeur minimale recommandée est généralement de 1,00 m.

Dans les ERP, la largeur d’escalier est directement liée au nombre de personnes à évacuer et s’exprime en « unités de passage ». Une unité de passage correspond à 0,90 m de largeur, et les escaliers doivent compter au minimum 1,20 m voire 1,40 m dans de nombreux cas. Si vous gérez un commerce, un restaurant ou un établissement recevant du public, dimensionner correctement la largeur de vos escaliers est donc crucial pour respecter les scénarios d’évacuation imposés par la réglementation incendie.

Hauteur d’échappée de 2 mètres minimum selon la norme NF P21-201

L’échappée désigne la hauteur libre entre le nez de marche et l’obstacle le plus bas situé au-dessus (plafond, poutre, palier, limon supérieur). La norme NF P21-201 impose une hauteur d’échappée minimale de 2,00 m sur toute la largeur utile de l’escalier. Cette valeur permet aux personnes de grande taille de circuler sans avoir à se courber et réduit le risque de choc à la tête lors de la montée ou de la descente.

Dans les rénovations de combles ou les maisons anciennes à faible hauteur sous plafond, respecter cette exigence peut s’avérer complexe. Il faut alors jouer sur la position du départ d’escalier, sur le sens de la volée ou, parfois, sur la forme même de l’escalier (balancé, quart tournant, colimaçon). Dans tous les cas, on évitera les solutions de compromis où l’échappée tombe à 1,80 m ou 1,85 m : sur le long terme, cela génère une gêne importante et augmente le risque d’accident.

Largeur des paliers intermédiaires égale à l’emmarchement de l’escalier

Les paliers intermédiaires jouent un rôle majeur dans la sécurité des escaliers, en offrant des zones de repos et de retournement. Les normes exigent que la largeur de ces paliers soit au moins égale à la largeur de l’escalier (emmarchement), de manière à ne pas créer de « goulot d’étranglement » dans la circulation. Leur longueur minimale est souvent fixée à 1,00 m pour permettre à une personne de se tenir entièrement dessus sans empiéter sur la marche suivante.

Au-delà de l’aspect réglementaire, un palier bien dimensionné améliore grandement le confort d’usage, notamment dans les escaliers très fréquentés ou de grande hauteur. Il sert également de zone de retournement pour les personnes à mobilité réduite, lorsqu’un ascenseur n’est pas possible. Dans les ERP, la présence et la dimension des paliers sont scrutées de près par les commissions de sécurité lors des visites de conformité.

Revêtements antidérapants et éclairage de sécurité

Un escalier conforme doit rester sûr en toutes circonstances, y compris lorsque les conditions d’éclairage ou d’adhérence se dégradent. C’est pourquoi les réglementations et normes françaises accordent une importance particulière aux revêtements de sol et à l’éclairage des escaliers. Un carrelage trop glissant ou un éclairage insuffisant peuvent transformer en quelques secondes un escalier bien dimensionné en zone à haut risque.

Choisir un bon revêtement et un système d’éclairage adapté, c’est un peu comme équiper une voiture de bons pneus et de phares performants : la structure de base peut être excellente, sans ces éléments, la sécurité reste compromise. Que votre escalier soit intérieur, extérieur, droit ou tournant, ces deux aspects doivent être intégrés dès la phase de conception.

Coefficient de glissance R9 à R13 : norme DIN 51130 pour les surfaces de marche

Pour caractériser l’adhérence d’un revêtement, on utilise souvent la classification R9 à R13 issue de la norme allemande DIN 51130, largement reprise en France. Plus le chiffre est élevé, plus le revêtement est antidérapant. Pour un escalier intérieur dans un logement, un classement R9 ou R10 est généralement suffisant. En revanche, pour des escaliers extérieurs exposés à la pluie ou dans des locaux humides (cuisines professionnelles, piscines), on privilégiera des revêtements classés R11 à R13.

Concrètement, cela se traduit par des carrelages structurés, des pierres naturelles bouchardées, des lames de bois striées ou des profilés métalliques antidérapants. Il est fortement déconseillé d’utiliser des finitions brillantes ou polies sur les marches, même si elles sont esthétiques : la moindre présence d’eau ou de graisse les rend extrêmement glissantes. En rénovation, l’ajout de bandes antidérapantes sur chaque nez de marche est une solution simple et peu coûteuse pour améliorer significativement la sécurité.

Nez de marche contrastés et bandes podotactiles pour PMR selon arrêté 2006

Pour les personnes malvoyantes, la distinction visuelle et tactile des marches est essentielle. L’arrêté du 1er août 2006, complété par celui du 24 septembre 2020 pour les ERP, impose des nez de marche contrastés sur au moins 3 cm en horizontal par rapport au reste de la marche, sur toute la largeur utile de l’escalier. Ce contraste doit être durable, c’est-à-dire rester visible malgré l’usure et le nettoyage.

En haut de chaque volée accessible au public, une bande d’éveil à la vigilance, souvent appelée bande podotactile, doit être installée à 50 cm de la première marche de descente. Constituée de plots en relief, elle alerte les personnes aveugles ou malvoyantes de la présence d’un escalier. L’association de ces bandes podotactiles avec des nez de marche antidérapants et contrastés constitue un dispositif complet de sécurisation pour tous les usagers, sans nuire à l’esthétique de l’escalier lorsqu’ils sont bien intégrés.

Éclairage minimal de 100 lux selon norme NF C 15-100

L’éclairage des escaliers est encadré par la norme NF C 15-100, qui fixe les niveaux d’éclairement minimal en fonction des locaux. Pour les circulations et escaliers intérieurs, un éclairement d’au moins 100 lux est généralement recommandé, avec des valeurs pouvant monter à 150 lux dans les ERP ou les locaux professionnels. L’éclairage doit être homogène, sans zones d’ombre marquées ni effets d’éblouissement.

Dans un escalier conforme, les premières et dernières marches doivent être particulièrement bien éclairées, car ce sont les zones où les erreurs de perception sont les plus fréquentes. L’utilisation de luminaires muraux à faisceau indirect, de spots encastrés dans les contremarches ou de rubans LED sous les nez de marche permet d’obtenir un résultat à la fois efficace et esthétique. Il ne faut pas oublier non plus l’éclairage de secours, obligatoire dans les ERP, qui doit garantir un niveau minimal d’éclairement en cas de coupure de courant.

Détection automatique et éclairage de balisage LED pour escaliers collectifs

Dans les immeubles collectifs et les ERP, l’utilisation de détecteurs de présence couplés à un éclairage de balisage LED est de plus en plus répandue. Ce dispositif permet d’allumer automatiquement les luminaires lorsqu’une personne approche de l’escalier, évitant ainsi que des usagers ne se retrouvent dans la pénombre. En outre, un éclairage de balisage permanent, de faible intensité, peut matérialiser la ligne de foulée ou le contour des marches, améliorant la perception de l’escalier sans générer une forte consommation énergétique.

Ces solutions techniques s’intègrent parfaitement aux exigences réglementaires en matière de sécurité, tout en apportant un confort d’usage supplémentaire. Elles permettent également de limiter l’usure des interrupteurs et de réduire les oublis d’extinction. Pour un syndic ou un gestionnaire d’immeuble, investir dans un éclairage intelligent et économe pour les cages d’escalier est souvent l’une des améliorations les plus pertinentes, tant en termes de sécurité que de charges de copropriété.

Conformité pour les escaliers hélicoïdaux et balancés

Les escaliers hélicoïdaux (en colimaçon) et balancés (à marches tournantes) représentent souvent une solution séduisante pour gagner de la place ou apporter une touche architecturale forte. Cependant, leur conception est plus délicate qu’un escalier droit, notamment en termes de respect des normes de sécurité. La répartition du giron, l’angle de rotation et le diamètre de la trémie doivent être étudiés avec soin pour éviter les marches « piégeuses » à la descente.

En France, les mêmes principes de base s’appliquent : régularité des marches, respect de la formule de Blondel, hauteur d’échappée suffisante, garde-corps conforme. La principale particularité réside dans la manière de mesurer le giron et de contrôler l’angle de rotation de chaque marche. Sans cette vigilance, un escalier d’apparence élégante peut s’avérer très inconfortable, voire dangereux, au quotidien.

Giron mesuré à 50 cm de l’axe central pour escaliers tournants

Dans un escalier tournant ou hélicoïdal, la largeur de la marche varie entre l’intérieur et l’extérieur de la courbe. Pour évaluer le confort réel de l’escalier, le giron doit donc être mesuré non pas au bord intérieur ou extérieur, mais à une distance conventionnelle de 50 cm de l’axe central de l’escalier. C’est à cet endroit que se situe, en moyenne, la ligne de foulée empruntée par les usagers.

À cette distance, le giron doit respecter les mêmes exigences que pour un escalier droit : au moins 24 cm en habitation et 28 cm en ERP, tout en s’inscrivant dans la règle de Blondel. À l’intérieur de la courbe, là où le giron se réduit fortement, il est courant de prévoir une zone « morte » inutilisable, parfois matérialisée par un poteau central ou une main courante, afin d’éviter que les usagers ne posent le pied dans la partie trop étroite de la marche.

Angle de rotation maximal de 30° par marche balancée

Pour les escaliers balancés, c’est-à-dire comportant des marches tournantes réparties sur un angle, la réglementation et les bonnes pratiques recommandent de limiter l’angle de rotation de chaque marche à environ 30°. Au-delà, la différence de giron entre l’intérieur et l’extérieur de la marche devient trop importante, ce qui perturbe fortement la démarche et augmente les risques de chute, notamment à la descente.

Répartir l’angle de rotation total (par exemple 90° pour un quart tournant) sur plusieurs marches permet d’obtenir une transition progressive entre les parties droites de l’escalier. L’objectif est de conserver, sur la ligne de foulée à 50 cm du limon intérieur, une variation de giron la plus faible possible. Pour y parvenir, de nombreux professionnels s’appuient sur des logiciels de calcul ou sur des gabarits de traçage précis, plutôt que sur un simple « coup d’œil ».

Diamètre minimal de 110 cm pour les escaliers en colimaçon privatifs

Les escaliers en colimaçon sont particulièrement appréciés dans les petits espaces, car ils permettent de desservir un étage avec une trémie de faible dimension. Toutefois, pour rester praticables et conformes, leur diamètre ne peut pas être réduit indéfiniment. Pour un usage privatif, on considère qu’un diamètre minimal de 110 cm est nécessaire pour assurer un giron suffisant sur la ligne de foulée et une largeur de passage acceptable.

En dessous de ce diamètre, l’escalier devient difficile à emprunter, notamment pour les personnes de grande taille ou lorsqu’il s’agit de monter des objets volumineux. Dans les ERP, les escaliers en colimaçon sont d’ailleurs strictement encadrés, voire interdits comme cheminement principal d’évacuation. Avant d’opter pour un escalier hélicoïdal, il est donc indispensable de vérifier que les contraintes de diamètre, de giron et d’échappée pourront être respectées, sous peine de se retrouver avec un escalier peu confortable et non conforme.

Plan du site