# L’escalier central comme élément structurant d’un open space
L’open space a profondément transformé l’architecture tertiaire contemporaine. Dans cette configuration spatiale où les cloisons disparaissent au profit de vastes plateaux ouverts, l’escalier central émerge comme un élément architectural majeur qui structure, organise et hiérarchise l’espace. Bien au-delà de sa fonction première de circulation verticale, cet ouvrage devient un point focal qui influence les flux, définit les zones fonctionnelles et contribue à l’identité visuelle du lieu de travail. La conception d’un escalier central dans un plateau ouvert exige une réflexion globale intégrant des considérations techniques, réglementaires, acoustiques et ergonomiques. Cette pièce maîtresse architecturale façonne l’expérience spatiale des usagers et participe activement à la qualité de vie au travail.
Architecture et dimensionnement technique de l’escalier central en open space
La conception architecturale d’un escalier central dans un plateau tertiaire déployé en open space nécessite une approche rigoureuse du dimensionnement. Contrairement aux escaliers résidentiels où les contraintes d’espace dictent souvent des compromis, l’escalier monumental d’un espace professionnel doit répondre à des exigences normatives strictes tout en affirmant son statut d’élément structurant. Le choix du type d’escalier – droit, à paliers intermédiaires, hélicoïdal ou à double révolution – dépend directement de la morphologie du plateau, de la hauteur d’étage et des flux de circulation prévisionnels. Un escalier à volées droites avec palier intermédiaire offre un confort optimal pour des déplacements fréquents, tandis qu’un modèle hélicoïdal peut devenir une sculpture architecturale tout en optimisant l’emprise au sol.
Calcul de l’emprise au sol et ratio surface occupée versus circulation
L’emprise au sol d’un escalier central représente un investissement spatial significatif qu’il convient d’optimiser. Pour un étage standard de 3,20 mètres de hauteur sous plafond, un escalier droit nécessite une longueur d’environ 5 à 6 mètres selon la pente retenue, avec un emmarchement (largeur) minimal de 1,20 mètre pour permettre le croisement confortable de deux personnes. La trémie, cette ouverture pratiquée dans le plancher supérieur, doit quant à elle mesurer au minimum 2,50 mètres de longueur pour garantir une hauteur de passage réglementaire de 2,10 mètres sous la structure. Le ratio entre surface occupée et efficacité circulatoire constitue un paramètre clé : dans un plateau de 500 m², un escalier central peut occuper entre 25 et 40 m² selon sa configuration, soit 5 à 8% de la surface totale. Ce pourcentage doit être mis en regard avec la valeur ajoutée en termes de circulation, de désenclavement des espaces et de qualité architecturale perçue.
Choix des matériaux structurels : acier, béton armé ou bois lamellé-collé
Le choix du matériau structurel pour un escalier central influence directement son expression architecturale, ses performances techniques et son coût global. L’acier se distingue par sa capacité à créer des structures élancées et légères, particulièrement adaptées aux escaliers suspendus ou à limon central qui dégagent visuellement l’espace. Les profils métalliques permettent des portées importantes avec des sections réduites, contribuant à cette impression d’aérienneté recherchée dans les espaces contemporains. Le béton armé offre une robustesse inégalée et une excellente résistance au feu, ce qui simplifie les problématiques ré
glementaires. Massif ou nervuré, il permet de grandes volées continues, des paliers généreux et une excellente inertie acoustique, au prix toutefois d’un poids propre important qui impose une coordination fine avec le bureau d’études structure. Le bois lamellé-collé, enfin, constitue une alternative de plus en plus prisée dans les projets d’architecture tertiaire engagés dans une démarche bas carbone. Il autorise des portées comparables à l’acier, offre une excellente sensation de confort sous le pied et contribue à une ambiance chaleureuse, à condition d’être correctement protégé au feu et aux chocs dans un environnement à forte fréquentation.
Dans un open space contemporain, la combinaison de matériaux se révèle souvent la stratégie la plus pertinente pour un escalier central. Un limon en acier associé à des marches en bois massif, par exemple, marie finesse structurelle et confort d’usage. De même, l’adjonction ponctuelle de béton – pour les noyaux ou les paliers – peut apporter une masse bienvenue afin de stabiliser l’ouvrage et filtrer les vibrations. Le choix final doit intégrer non seulement les performances mécaniques et feu, mais aussi la maintenance à long terme, le coût global et la cohérence avec les autres éléments architecturaux du plateau (planchers techniques, faux plafonds, façades intérieures).
Normes ERP et réglementation incendie pour escaliers monumentaux
Dès lors qu’un open space accueille du public ou un effectif salarié important, l’escalier central s’inscrit dans le champ des normes ERP et de la réglementation incendie. Sa largeur utile, le nombre de volées, la présence de mains courantes continues et le dimensionnement des paliers sont encadrés par des textes précis (Code du travail, règlement de sécurité des ERP, normes nationales et européennes). En France, on considère généralement une largeur minimale de 1,40 m pour un escalier principal desservant des plateaux tertiaires, voire davantage dans les immeubles de grande hauteur. Cette largeur doit être calculée à partir du « nombre de personnes à évacuer », avec des coefficients de débit par unité de passage.
La résistance au feu de l’escalier central est un enjeu majeur. Un ouvrage en acier nécessitera un traitement spécifique (peinture intumescente, flocage ou habillage) pour atteindre les niveaux coupe-feu exigés, tandis qu’un escalier en béton armé répondra plus aisément à ces contraintes mais pèsera davantage sur la structure porteuse. Par ailleurs, la trémie d’escalier doit être pensée comme un volume à part entière dans la stratégie de compartimentage incendie : dispositifs de désenfumage, écrans de cantonnement, clapets coupe-feu dans les réseaux techniques limitent la propagation des fumées par cette « cheminée » verticale. L’escalier central ne peut pas toujours être assimilé à une issue de secours, mais il doit dialoguer avec les escaliers protégés, en offrant un cheminement intuitif vers les sorties et une lisibilité maximale en situation d’urgence.
Intégration des garde-corps et systèmes de sécurité collective
Les garde-corps d’un escalier central en open space assurent la sécurité des usagers tout en participant pleinement à l’esthétique générale. La réglementation impose des hauteurs minimales (généralement 1,00 à 1,10 m) et des remplissages empêchant le passage d’un gabarit de 11 cm, ce qui exclut les simples câbles horizontaux non complétés. Dans les plateaux tertiaires, le risque de chute de hauteur est amplifié par la fréquentation continue et la distraction potentielle liée aux usages numériques. Il est donc recommandé de privilégier des systèmes de protection « pleins » ou à barreaudage serré, au moins sur les premiers mètres.
Sur le plan architectural, les garde-corps offrent un terrain d’expression riche : verre feuilleté extra-clair pour une transparence maximale, tôle perforée pour un jeu de lumière et de filtres visuels, maille métallique pour une esthétique industrielle maîtrisée. Intégrer l’éclairage dans la lisse ou la main courante – via des rubans LED basse luminance – renforce la perception des limites et améliore la sécurité, notamment en ambiance lumineuse réduite. Enfin, les systèmes de sécurité collective ne se limitent pas aux garde-corps : bandes podotactiles, contrastes de nez de marche, mains courantes continues et préhension aisée sont autant de détails qui rendent l’escalier plus inclusif, en particulier pour les personnes à mobilité réduite ou à perception visuelle diminuée.
Stratégies d’implantation spatiale pour optimiser les flux de circulation
L’implantation de l’escalier central dans un open space conditionne la qualité des flux de circulation et la perception générale du plateau. Contrairement à un escalier de distribution classique relégué en périphérie, l’escalier structurant doit être envisagé comme une « place publique » verticale autour de laquelle s’organisent les usages. Position, orientation, relation aux façades vitrées et aux noyaux techniques sont autant de paramètres à arbitrer. Une implantation pertinente permet de limiter les croisements conflictuels, de réduire les distances de marche et de favoriser les interactions informelles tout en préservant les zones de concentration.
Positionnement central versus décentré selon la morphologie du plateau
Faut-il placer l’escalier au cœur géométrique de l’open space ou le décaler vers une façade ou un noyau technique ? La réponse dépend avant tout de la morphologie du plateau et du programme fonctionnel. Dans un plateau profond et peu lumineux, un positionnement légèrement décentré, proche d’un patio ou d’une façade vitrée, permet de profiter au maximum de la lumière naturelle et d’offrir des vues dégagées pendant le déplacement. À l’inverse, dans un plan plus compact de type « grande nef », un escalier véritablement central peut devenir un repère visuel fort, lisible dès l’entrée et structurant la distribution des zones de travail, de réunion et de convivialité.
Le positionnement de l’escalier central doit aussi tenir compte des contraintes structurelles et des trémies existantes en cas de rénovation. Dans certains immeubles, le décaler légèrement par rapport à l’axe peut permettre d’exploiter un maillage de poutres existant, de préserver des porteurs majeurs ou de libérer une façade pour des espaces de réunion vitrés. On peut le comparer à la colonne vertébrale d’un organisme : selon qu’elle est plus proche du dos ou du centre, les organes (ici les espaces de travail) s’articulent différemment autour d’elle. Le choix entre centralité et décentrement doit donc résulter d’une étude fine des parcours, de la lumière et de la structure, plutôt que d’un a priori esthétique.
Analyse des schémas de déplacement et cartographie des zones de friction
Avant de figer l’implantation d’un escalier central, il est pertinent de modéliser les flux de circulation futurs à l’échelle de l’open space. Qui se déplace, quand, entre quels pôles fonctionnels ? Les outils de simulation de flux piétons permettent aujourd’hui de visualiser les concentrations, les goulots d’étranglement potentiels et les « chemins de désir » empruntés spontanément par les usagers. Cette analyse met en évidence les zones de friction, par exemple entre l’arrivée de l’escalier et l’accès aux blocs sanitaires, ou entre les paliers et les salles de réunion très sollicitées.
En traduisant ces schémas de déplacement sous forme de cartes de chaleur, l’architecte peut ajuster la position de l’escalier, dimensionner les paliers, élargir certaines allées ou au contraire densifier des zones moins fréquentées en y intégrant du mobilier collaboratif. L’objectif est de faire de l’escalier un « échangeur » fluide plutôt qu’un rond-point congestionné. Une analogie simple consiste à le comparer à une bretelle d’autoroute : si les voies d’accès et de sortie sont mal dessinées, l’ensemble du trafic s’en ressent, alors qu’une géométrie bien pensée absorbe des volumes importants sans générer de tensions.
Coordination avec les noyaux techniques et issues de secours
Dans un immeuble tertiaire, l’escalier central ne fonctionne jamais en vase clos : il doit se coordonner étroitement avec les noyaux techniques (ascenseurs, gaines, blocs sanitaires) et les escaliers protégés d’évacuation. Positionner un escalier monumental sans tenir compte de ces éléments revient à superposer des couches sans cohérence, au risque de multiplier les trémies, de fragmenter la structure et d’alourdir les coûts. Au contraire, une approche intégrée permettra, par exemple, de mutualiser certains murs porteurs, de regrouper les gaines verticales et de rationaliser les percements structurels.
Sur le plan de la sécurité incendie, cette coordination est tout aussi cruciale. L’escalier central, largement ouvert et souvent non encloisonné, participe de l’image de l’open space mais ne peut généralement pas être considéré comme un escalier de secours principal. Il doit donc dialoguer avec des circulations de fuite clairement identifiées : vues directes vers les escaliers protégés, signalétique cohérente, absence d’obstacles dans les axes critiques. Dans les projets les plus ambitieux, on va jusqu’à aligner les trémies d’escalier central sur celles des ascenseurs panoramiques, créant ainsi un « noyau de mobilité » lisible et valorisant pour l’expérience utilisateur.
L’escalier comme dispositif de cloisonnement acoustique et visuel
Dans un open space, l’escalier central ne se contente pas d’assurer la circulation verticale : sa masse, sa géométrie et ses traitements de surface en font un outil puissant de cloisonnement acoustique et visuel. Là où les cloisons pleines disparaissent, l’escalier peut dessiner des filtres, créer des arrière-plans et structurer des séquences spatiales. Bien conçu, il limite les transmissions sonores indésirables, préserve l’intimité des espaces sensibles (salles de réunion, zones de concentration) et évite l’effet de « hall de gare » souvent reproché aux plateaux entièrement ouverts.
Traitement phonique des trémies et absorption des réverbérations
Les trémies d’escalier créent naturellement des volumes verticaux propices à la propagation du son entre étages. Sans traitement phonique adapté, les conversations de l’open space se diffusent d’un niveau à l’autre, les appels téléphoniques résonnent, et le bruit ambiant devient rapidement problématique. Le premier levier consiste à traiter les parois qui bordent l’escalier central : doublages acoustiques, panneaux absorbants en fibres minérales ou végétales, textiles tendus micro-perforés contribuent à casser les réflexions sonores. L’ajout de baffles suspendus sous les dalles, autour de la trémie, permet également de maîtriser la réverbération verticale.
Les matériaux des marches et des contremarches jouent eux aussi un rôle déterminant. Un escalier en acier nu, par exemple, génère des bruits d’impact marqués, alors que des marches en bois massif ou revêtues d’un caoutchouc acoustique atténuent le bruit de pas. Les nez de marche peuvent intégrer des inserts anti-bruit et antidérapants, combinant sécurité et confort acoustique. Dans les projets les plus exigeants, des études de simulation acoustique 3D sont réalisées en amont pour prédire le comportement sonore de la trémie et ajuster les coefficients d’absorption nécessaires, comme on le ferait pour une salle de spectacle à l’échelle d’un bâtiment de bureaux.
Création de micro-zones fonctionnelles autour de la structure verticale
L’escalier central peut aussi servir de pivot pour organiser des micro-zones fonctionnelles aux propriétés acoustiques différenciées. Autour de sa base, un cercle de « zones actives » peut accueillir des espaces de discussion informelle, des bulles téléphoniques ou des petits salons, bénéficiant d’un bruit de fond toléré. À mesure qu’on s’en éloigne, on bascule vers des bandes de travail plus calmes, puis vers des zones de concentration intense protégées par des dispositifs complémentaires (cloisons vitrées, cabines fermées, phone booths).
Cette gradation acoustique s’appuie sur des éléments architecturaux qui prolongent l’escalier : claustras en bois, bibliothèques double hauteur, parois vitrées semi-transparentes ou encore gradins intégrant des rangements. On crée ainsi des « pièces dans la pièce » sans recourir à des cloisonnements lourds. Pour vous, utilisateur, la lecture de l’espace devient intuitive : le niveau de bruit acceptable est implicitement indiqué par la proximité de l’escalier et la densité du mobilier. L’ouvrage vertical se mue en outil de zoning acoustique, aussi lisible qu’un plan de métro coloré.
Jeux de transparence et d’opacité par les matériaux de remplissage
Sur le plan visuel, la structure de l’escalier central offre de nombreuses possibilités pour gérer les transparences, les cadrages et les niveaux d’intimité. Des garde-corps en verre clair maximisent la continuité visuelle et renforcent l’impression d’un grand volume unique, tandis que des remplissages plus opaques – tôle déployée, panneaux bois, brise-vue métalliques – permettent de dissimuler certaines zones tout en laissant filtrer la lumière. Jouer sur la densité des perforations, les motifs des grilles ou la trame des montants offre une palette de nuances entre opacité totale et transparence absolue.
Ces jeux de filtres visuels peuvent, par exemple, masquer la vue directe sur un espace de travail concentré depuis les marches, tout en préservant la perception générale de l’open space. L’escalier devient alors un « écran habité », comparable à un rideau de théâtre qui s’ouvre plus ou moins selon les besoins. Dans certains projets, on va jusqu’à intégrer des panneaux amovibles ou des stores intérieurs couplés au système de gestion technique du bâtiment, pour adapter le degré d’ouverture visuelle en fonction des usages (événement, workshop, période de forte activité, etc.).
Design biophilique et aménagements collaboratifs péri-escalier
Les approches contemporaines de l’architecture tertiaire accordent une place croissante au design biophilique et aux espaces collaboratifs informels. L’escalier central, en tant que cœur battant de l’open space, constitue un terrain idéal pour déployer ces stratégies. En articulant végétalisation, lumière naturelle, assises confortables et mobilier modulaire autour de cette structure verticale, on transforme un simple lieu de passage en véritable « place du village » intérieure, propice aux rencontres fortuites, aux pauses régénérantes et aux échanges créatifs.
Intégration de murs végétaux stabilisés et jardins suspendus
Apporter du végétal au voisinage immédiat de l’escalier central contribue fortement à la qualité de vie au travail et à la perception de l’espace. Murs végétaux stabilisés en double hauteur, jardinières intégrées aux paliers, bacs suspendus entre les volées : les configurations sont multiples. Outre leur valeur esthétique, ces éléments de nature contribuent à améliorer le confort visuel, à réduire le stress perçu et, dans certains cas, à participer à la régulation acoustique par diffusion et absorption des sons.
Le choix entre végétaux naturels, stabilisés ou artificiels dépendra des contraintes d’entretien, de lumière et de budget. Dans un escalier fortement exposé à la lumière naturelle, des plantes vivantes peuvent prospérer et renforcer l’image écologique du projet. À l’inverse, dans une trémie plus sombre, les murs végétaux stabilisés offrent une solution durable avec un minimum de maintenance. Dans tous les cas, l’intégration du végétal doit être anticipée dès la phase de conception : réservations dans les garde-corps, points d’eau éventuels, accès pour l’entretien, résistance des planchers aux charges supplémentaires.
Aménagement de zones de pause informelles et espaces de coworking spontané
Autour de l’escalier central, les bords de paliers et les dégagements constituent des espaces précieux pour créer des zones de pause informelles. Plutôt que de les laisser nus, pourquoi ne pas les transformer en alcôves conviviales où l’on peut tenir une courte réunion debout, prendre un café ou répondre à quelques e-mails ? Des banquettes intégrées, des tables hautes, des prises électriques et USB, ainsi qu’un réseau Wi-Fi performant suffisent à faire naître de véritables micro-espaces de coworking spontané.
Ces aménagements doivent toutefois être pensés avec finesse pour ne pas entraver les flux ni créer de conflits d’usage. L’idée n’est pas de transformer le palier en salon, mais de proposer des « appuis » ponctuels à la sociabilité, en marge de la circulation principale. Un bon repère consiste à préserver une bande libre de 1,50 m minimum pour le passage et à positionner les assises en retrait, dans les zones de moindre trafic. Vous offrez ainsi aux collaborateurs une alternative aux salles de réunion formelles, sans pour autant dégrader la performance fonctionnelle de l’escalier structurant.
Mobilier modulaire et assises intégrées dans les paliers intermédiaires
Les paliers intermédiaires d’un escalier central représentent des opportunités d’implantation pour un mobilier sur mesure. Bancs filants intégrés à la structure, niches assises en encorbellement, gradins modulaires permettant d’organiser des mini-conférences : autant de dispositifs qui rendent l’escalier habitable. L’enjeu est de concevoir des éléments robustes, faciles à entretenir et suffisamment flexibles pour accompagner l’évolution des usages au fil des années.
Le mobilier modulaire présente ici un avantage décisif. Des assises légères, empilables ou montées sur roulettes peuvent être rangées lors d’événements ou de périodes de forte affluence, puis redéployées pour recréer des zones de travail collaboratif. À l’échelle du design, l’harmonisation des teintes, des textures et des matériaux avec ceux de l’escalier central (bois, métal, textile) renforce la cohérence d’ensemble. On passe ainsi d’un escalier « circulatoire » à un escalier « habité », sans renier les impératifs de sécurité et de fluidité des déplacements.
Éclairage architectural et scénographie lumineuse de l’escalier structurant
L’éclairage de l’escalier central joue un rôle déterminant dans la perception de l’open space, tant en journée qu’en soirée. Il ne s’agit pas uniquement d’assurer des niveaux de lux conformes aux normes de sécurité, mais de composer une véritable scénographie lumineuse qui guide, rassure et met en valeur l’architecture. Combiner lumière naturelle, éclairage fonctionnel et effets d’accentuation permet de transformer chaque montée ou descente en expérience visuelle maîtrisée.
En premier lieu, l’apport de lumière naturelle doit être maximisé chaque fois que possible : trémies généreuses, verrières en toiture, façades vitrées en double hauteur orientées vers l’escalier. Cette lumière du jour, modulée par des protections solaires adaptées, réduit la fatigue visuelle et renforce le lien avec l’extérieur. En complément, des luminaires linéaires encastrés sous les nez de marche ou dans les mains courantes assurent une lecture claire des volumes et sécurisent les déplacements, sans éblouissement.
La scénographie lumineuse s’enrichit ensuite d’éclairages d’ambiance et d’accentuation. Spots orientables mettant en valeur un mur végétal, projecteurs à faisceau étroit soulignant la verticalité d’un limon métallique, suspensions sculpturales centrées dans la trémie : ces éléments créent des repères et signent l’identité du lieu. Les systèmes de gestion intelligente de l’éclairage (variateurs, détection de présence, scénarios horaires) permettent d’adapter les ambiances au rythme de la journée : plus dynamique le matin et en début d’après-midi, plus douce en fin de journée pour accompagner le décrochement de l’activité.
Exemples de réalisations emblématiques en architecture tertiaire
De nombreux projets d’architecture tertiaire illustrent le potentiel de l’escalier central comme élément structurant d’un open space. Dans certains sièges sociaux récents, les architectes ont fait le choix de vastes escaliers rampe-sur-rampe en bois et acier, baignés de lumière naturelle, qui irriguent des plateaux successifs dédiés tour à tour au coworking, à la restauration, ou à des labs d’innovation. L’escalier devient alors le fil conducteur d’un « open space vertical », où chaque demi-niveau propose une expérience de travail différente, tout en restant connecté au reste du bâtiment.
On observe également des réalisations où l’escalier central est conçu comme une agora intérieure. Des gradins intégrés, doublés d’un escalier fonctionnel, offrent un espace de rassemblement pour les conférences, les présentations internes ou les événements culturels. En dehors de ces temps forts, les marches larges se transforment en assises informelles, en postes de travail temporaires ou en lieux de détente. Cette hybridation entre circulation et rassemblement illustre parfaitement l’évolution des modes de travail, plus flexibles et collaboratifs.
Dans le domaine de la rénovation, enfin, certains projets ont su tirer parti de structures existantes pour créer des escaliers centraux spectaculaires. D’anciens atriums ont été réinvestis par des volées métalliques suspendues, des passerelles légères et des garde-corps en verre, redonnant vie à des immeubles de bureaux des années 1970. L’escalier central devient alors l’emblème du repositionnement de l’actif immobilier : il signale le passage d’une organisation cloisonnée à un open space contemporain, ouvert, lumineux et propice aux échanges.
Ces exemples montrent qu’un escalier central bien pensé dépasse largement sa fonction de liaison verticale. Il structure l’open space, organise les flux, filtre le son et la vue, introduit la nature et la lumière, et incarne la culture de l’entreprise. En plaçant cet élément au cœur de la réflexion architecturale, vous disposez d’un levier puissant pour transformer un plateau de bureaux standard en un véritable lieu de vie et de travail, à la fois performant et inspirant.