# Assemblage traditionnel ou technique moderne : que choisir en menuiserie ?
La menuiserie représente un savoir-faire millénaire où les techniques d’assemblage déterminent la qualité, la durabilité et la résistance des ouvrages réalisés. Face à l’évolution technologique du secteur, une question fondamentale se pose aux professionnels comme aux particuliers exigeants : faut-il privilégier les assemblages traditionnels bois-bois ou opter pour les systèmes modernes de fixation ? Cette interrogation dépasse le simple débat entre tradition et modernité. Elle engage directement la longévité de vos menuiseries, leur capacité à résister aux contraintes mécaniques et leur valeur patrimoniale. Les assemblages traditionnels, véritables chefs-d’œuvre de géométrie et de précision, s’opposent aujourd’hui aux solutions industrielles qui promettent rapidité et reproductibilité. Pourtant, chaque technique possède ses domaines d’excellence spécifiques selon la nature du projet envisagé.
Assemblage à tenon-mortaise : la quintessence du savoir-faire ancestral
L’assemblage à tenon-mortaise constitue depuis des siècles la référence absolue en menuiserie traditionnelle. Cette technique repose sur l’emboîtement d’une partie mâle, le tenon, dans une cavité femelle, la mortaise, créant ainsi une liaison mécanique d’une robustesse exceptionnelle. La géométrie précise de cet assemblage permet de transmettre efficacement les efforts de compression et de traction entre les pièces reliées, sans nécessiter de quincaillerie métallique. Les assemblages tenon-mortaise traversent littéralement les siècles, comme en témoignent les charpentes médiévales encore parfaitement stables après plus de huit cents ans d’existence.
Principe mécanique et géométrie des tenons chevillés
La résistance exceptionnelle du tenon-mortaise provient de sa conception géométrique minutieuse. Le tenon représente généralement un tiers de l’épaisseur de la pièce de bois, garantissant ainsi un équilibre optimal entre résistance mécanique et préservation de l’intégrité structurelle des deux éléments assemblés. La mortaise, quant à elle, s’usine avec une précision de l’ordre du dixième de millimètre pour assurer un ajustement parfait sans jeu excessif. L’ajout de chevilles en bois dur perpendiculaires au tenon verrouille définitivement l’assemblage tout en permettant les dilatations naturelles du matériau.
Les variations du tenon-mortaise offrent des solutions adaptées à chaque configuration structurelle. Le tenon traversant, visible sur les deux faces de la mortaise, procure une résistance maximale pour les assemblages fortement sollicités. Le tenon à double embrèvement, avec ses butées intégrées, permet de répartir les charges sur une surface plus importante. Ces subtilités géométriques témoignent d’une compréhension profonde des contraintes mécaniques et des propriétés physiques du bois massif.
Queue d’aronde en bois massif : résistance structurelle éprouvée
L’assemblage à queue d’aronde représente l’excellence absolue lorsqu’il s’agit de résister aux efforts de traction. Sa forme trapézoïdale caractéristique crée un verrouillage mécanique qui empêche physiquement toute séparation des pièces selon l’axe de traction. Cette géométrie ingénieuse transforme la force de traction en compression latérale, exploitant ainsi la résistance naturelle exceptionnelle du bois dans cette direction. Les queues d’aronde constituent la marque distinctive des menuiseries haut de gamme, notamment dans la fabrication de tiroirs destinés à supporter des charges importantes répétées.
Dans le mobilier haut de gamme comme dans la charpente traditionnelle apparente, les queues d’aronde permettent de réaliser des assemblages visibles qui assument pleinement leur rôle structurel tout en devenant un élément décoratif à part entière. C’est l’un des rares assemblages où la performance mécanique et l’esthétique se renforcent mutuellement : plus la queue d’aronde est généreuse et précisément exécutée, plus le verrouillage est efficace et plus le joint devient visuellement expressif.
Assemblage à mi-bois et enfourchement pour ossatures porteuses
Les assemblages à mi-bois et les enfourchements occupent une place centrale dans la réalisation d’ossatures porteuses, qu’il s’agisse de cloisons, de cadres de portes, de mezzanines ou de structures de mobilier. Le principe de l’assemblage à mi-bois consiste à enlever la moitié de l’épaisseur de chaque pièce au niveau de la jonction, de manière à ce qu’elles se croisent dans le même plan. On obtient ainsi une surface de contact importante, parfaitement plane, qui répartit efficacement les efforts de compression et de cisaillement.
L’enfourchement, quant à lui, correspond à une entaille plus profonde dans l’une des pièces, recevant l’autre élément sur toute son épaisseur ou presque. Cette configuration est particulièrement adaptée pour reprendre des charges verticales, par exemple dans la liaison entre un pied de table et sa ceinture ou entre une panne et un poteau. Bien que moins sophistiqués qu’un tenon-mortaise, ces assemblages traditionnels restent remarquablement efficaces dès lors que la portée n’est pas excessive et que le dimensionnement des sections est correctement étudié.
Dans les travaux de menuiserie sur mesure, l’assemblage à mi-bois offre également un excellent compromis entre temps de fabrication et résistance. Il peut être renforcé par collage, par chevillage bois ou, dans certains cas, par une équerre discrète côté non visible. On le retrouve fréquemment dans les cadres de portes intérieures, les châssis de séparation vitrés ou les structures de bibliothèques sur mesure, où il garantit une bonne stabilité dimensionnelle tout en restant relativement simple à mettre en œuvre.
Chevilles en bois dur versus tourillons industriels
La question du choix entre chevilles en bois dur traditionnelles et tourillons industriels pré-usinés est loin d’être anecdotique. Dans un assemblage bois-bois de type tenon-mortaise ou mi-bois, la cheville en bois dur (souvent en chêne ou en hêtre) joue un double rôle : elle verrouille mécaniquement l’assemblage et accompagne les mouvements différentiels du bois au fil des saisons. Sa section légèrement conique et sa mise en tension contrôlée permettent de « serrer » l’assemblage sans fragiliser les fibres environnantes.
Les tourillons industriels, généralement cannelés et parfaitement cylindriques, sont pensés pour des process de fabrication en série. Ils offrent une excellente répétabilité et se combinent facilement avec des gabarits de perçage, ce qui les rend très attractifs en menuiserie de série ou pour les panneaux dérivés du bois. En revanche, dans le bois massif, leur comportement à long terme dépend fortement de la stabilité dimensionnelle des pièces : un retrait différentiel peut créer du jeu autour du tourillon, surtout si celui-ci n’est pas parfaitement encollé sur toute sa longueur.
Dans une approche de menuiserie bois haut de gamme, les chevilles traditionnelles restent donc privilégiées pour les assemblages fortement sollicités ou visibles. Elles s’inscrivent dans la logique d’un ouvrage réparable, démontable et durable, à l’opposé de certains assemblages au tourillon plus adaptés à des meubles de diffusion. On réservera volontiers ces derniers aux éléments non porteurs, aux façades de meubles ou aux petits agencements, en veillant à respecter scrupuleusement les diamètres de perçage, la profondeur d’ancrage et les temps de prise de la colle.
Techniques d’assemblage moderne : domino festool et lamello zeta P2
Avec l’essor de la menuiserie contemporaine et la généralisation des panneaux dérivés du bois, les systèmes d’assemblage modernes se sont imposés dans les ateliers. Domino Festool, lamelles classiques et systèmes Lamello Zeta P2 représentent une nouvelle génération de solutions qui misent sur la rapidité d’usinage, la précision répétable et la standardisation des composants. L’objectif est clair : gagner du temps sans sacrifier totalement la résistance mécanique ni la qualité perçue des menuiseries bois.
Ces techniques modernes s’appuient sur des machines électroportatives de haute précision, capables de réaliser des rainures ou des mortaises normalisées en quelques secondes. Les inserts en bois ou en matériau composite viennent ensuite se loger dans ces usinages, transformant des panneaux ou des pièces massives en structures fiables et faciles à monter. Pour l’artisan, la question n’est donc plus d’opposer tradition et modernité, mais de savoir quand utiliser un assemblage domino ou lamello et quand réserver un tenon-mortaise ou une queue d’aronde à un ouvrage à forte valeur patrimoniale.
Fraiseuse à lamelles et calibrage des rainures normalisées
La fraiseuse à lamelles, souvent associée au terme générique « Lamello », constitue l’une des premières grandes révolutions dans les techniques d’assemblage de panneaux. Son principe est simple : une fraise circulaire vient usiner des rainures semi-circulaires normalisées sur les chants des pièces à assembler. On y insère ensuite des biscuits en hêtre compressé, qui gonflent sous l’effet de la colle pour créer un serrage efficace et un auto-centrage des éléments.
Ce système présente plusieurs avantages majeurs pour la menuiserie d’agencement. D’abord, le calibrage des rainures est normalisé, ce qui permet d’utiliser des lamelles de tailles standard (n°0, 10, 20, etc.) quel que soit le fabricant de panneaux. Ensuite, la mise en œuvre est très rapide : il suffit d’un tracé de repère, d’un usinage simultané sur les deux pièces et de l’insertion des biscuits pour obtenir un alignement parfait des surfaces. Pour les grands plateaux, les façades de dressing ou les caissons de cuisine, ce gain de temps est considérable par rapport à des rainures à fausse languette usinées à la toupie.
Sur le plan pratique, la fraiseuse à lamelles se montre également très tolérante : une légère imprécision de traçage reste rattrapable grâce au jeu latéral offert par la rainure. En contrepartie, l’assemblage repose presque entièrement sur la qualité du collage et sur la résistance en cisaillement des biscuits. Il conviendra donc de respecter rigoureusement les recommandations des fabricants de colle (type D3 ou D4 pour les pièces exposées à l’humidité) et d’éviter de solliciter ces assemblages lamello en traction pure ou en torsion dans des ouvrages structurels.
Système domino DF 500 : précision au dixième de millimètre
Le système Domino Festool, notamment avec la machine DF 500, pousse le concept d’assemblage moderne encore plus loin. À mi-chemin entre le tenon traditionnel et le tourillon, le domino est une pièce en hêtre ou en bois composite de section rectangulaire, insérée dans une mortaise oblongue réalisée à la machine. Cette géométrie combine les avantages du tenon (grande surface de collage, résistance à la flexion) et ceux du tourillon (mise en œuvre rapide, répétabilité élevée).
La DF 500 permet d’usiner des mortaises parfaitement calibrées au dixième de millimètre, avec des profondeurs et des largeurs variables selon la taille du domino choisi. L’opérateur peut régler la position latérale, la profondeur d’usinage et même introduire volontairement un léger jeu sur une des pièces pour faciliter l’assemblage à blanc. Dans un atelier de menuiserie produisant des séries de meubles sur mesure, cette précision répétable est un atout décisif pour garantir des assemblages bois irréprochables tout en limitant les reprises de réglage.
Sur le plan mécanique, un assemblage par dominos correctement encollés offre des résistances en traction et en cisaillement tout à fait comparables à un tenon-mortaise classique sur des sections équivalentes, en particulier dans le mobilier et l’agencement intérieur. La limitation principale réside dans l’épaisseur des pièces et dans la profondeur de mortaise possible : sur de très fortes sections ou en charpente, la supériorité du tenon traditionnel reste incontestable. Pour des portes intérieures, des cadres de meubles, des châssis vitrés et des caissons de rangement, le domino s’impose en revanche comme une solution extrêmement performante.
Tourillonneuse électrique et gabarits de perçage multifonctions
Les tourillonneuses électriques et les gabarits de perçage multifonctions se sont imposés comme des alliés précieux pour les menuiseries de série et les ateliers d’agencement. Leur principe repose sur la réalisation simultanée de perçages parfaitement alignés dans les pièces à assembler, afin d’y insérer des tourillons collés. Cette méthode, longtemps réservée aux fabricants industriels, est aujourd’hui accessible aux artisans grâce à des machines portatives précises et à des systèmes de gabarits évolués.
La grande force de ces solutions réside dans la cadence de fabrication. Une fois les butées et les entraxes réglés, il devient possible de produire des dizaines de caissons, de façades ou de montants identiques avec une constance géométrique remarquable. Pour l’assemblage de panneaux MDF, de contreplaqué ou de mélaminé, les tourillons offrent une résistance satisfaisante, à condition d’utiliser des colles adaptées et de respecter une profondeur d’ancrage suffisante dans chaque pièce.
En revanche, ces assemblages à base de tourillons restent moins tolérants aux erreurs de traçage et de perçage qu’un lamello ou un domino. Un décalage de quelques dixièmes de millimètre peut suffire à empêcher l’emboîtement ou à créer des contraintes internes sources de déformation. Pour vous, cela signifie qu’un minimum de formation et de rigueur est indispensable si vous souhaitez capitaliser sur les gains de productivité sans compromettre la qualité structurelle de vos menuiseries en bois.
Assemblage par biscuits compressés : compatibilité et limites structurelles
Les biscuits compressés, généralement en hêtre, constituent le cœur du système lamello classique. Leur fonctionnement repose sur une propriété simple du bois : sa capacité à gonfler légèrement au contact de l’humidité de la colle. Une fois inséré dans la rainure et encollé, le biscuit se dilate, vient se plaquer contre les parois et crée ainsi un serrage mécanique complémentaire au collage. Cette combinaison explique la bonne résistance des assemblages par lamelles pour les contraintes de cisaillement et de flexion modérée.
Côté compatibilité, ces biscuits s’adaptent particulièrement bien aux panneaux reconstitués comme l’aggloméré, le MDF ou le contreplaqué. Ils permettent de renforcer les chants, d’assurer un bon alignement des surfaces et de limiter les risques de décalage pendant le serrage. Dans le bois massif, leur usage reste également pertinent pour les plateaux de table ou les grandes façades, à condition de respecter le sens du fil du bois et de ne pas placer les lamelles trop près des arêtes pour éviter les éclatements.
Leur principale limite apparaît dès lors que l’on parle de menuiseries structurelles ou d’éléments fortement sollicités, comme des montants de portes d’entrée, des escaliers ou des cadres soumis à des efforts répétés. Les biscuits ne disposent ni de la section ni de la géométrie d’un tenon ou d’un domino pour reprendre efficacement les efforts de traction et de torsion à long terme. Pour sécuriser vos ouvrages, mieux vaut donc réserver les assemblages par biscuits compressés aux liaisons de surface et aux caissons non porteurs, en les combinant si besoin avec des renforts mécaniques ou des quincailleries appropriées.
Résistance mécanique comparée : tests de cisaillement et flexion
Pour choisir en toute connaissance de cause entre assemblage traditionnel et technique moderne, il est indispensable de s’appuyer sur des données objectives. Les laboratoires spécialisés et certains fabricants de menuiseries bois réalisent régulièrement des tests de cisaillement, de traction et de flexion sur différents types de joints. Ces essais consistant à « mettre en défaut » les assemblages permettent de déterminer à quel niveau de charge un tenon-mortaise, un domino ou un lamello commence à se déformer ou à rompre.
En règle générale, les résultats montrent que les assemblages traditionnels bois-bois bien dimensionnés (tenon-mortaise, queue d’aronde, mi-bois renforcé) conservent une nette supériorité pour les charges extrêmes et la tenue dans le temps, notamment dans le bois massif. Les systèmes modernes comme le domino se rapprochent toutefois très fortement de ces performances sur des sections adaptées, tandis que les biscuits et tourillons présentent des résistances moindres mais suffisantes pour la majorité des applications d’agencement intérieur. Pour vous, l’enjeu consiste donc à relier ces résultats mécaniques à l’usage réel de vos menuiseries : escalier, porte extérieure, meuble TV ou bibliothèque n’exigent pas les mêmes marges de sécurité.
Normes européennes EN 205 pour assemblages collés sous contrainte
La norme européenne EN 205 définit les méthodes d’essai pour évaluer la résistance des assemblages collés sous différents types de contraintes. Ces protocoles prévoient notamment des cycles d’humidification et de séchage, des sollicitations en traction et en cisaillement, ainsi que des températures variables. L’objectif est de reproduire, en laboratoire, les conditions réelles auxquelles seront confrontées les menuiseries bois au cours de leur vie : variations d’hygrométrie, chocs thermiques, efforts ponctuels ou répétés.
Pour un professionnel, se référer à la EN 205 permet de comparer de manière fiable les performances de différents systèmes de collage et d’assemblage. Un joint tenon-mortaise collé avec une colle classée D4 selon cette norme, par exemple, offrira une résistance bien supérieure en milieu humide à un assemblage lamello collé avec une colle D2 destinée à l’intérieur sec. Si vous envisagez des menuiseries extérieures en bois, portes d’entrée ou fenêtres, ce type de distinction n’est pas un détail : il conditionne directement la durabilité de l’ouvrage et la stabilité des assemblages dans le temps.
Dans les ateliers exigeants, les colles utilisées pour les dominos, tourillons ou biscuits sont choisies précisément en fonction de ces classes de performance. On veillera également à respecter les temps ouverts et les pressions de serrage recommandés. Un assemblage théoriquement performant sur le papier ne donnera des résultats conformes qu’à la condition que la mise en œuvre suive scrupuleusement les prescriptions issues de ces normes européennes.
Modules d’élasticité longitudinale dans assemblages traditionnels
Au-delà des résistances ultimes, la performance d’un assemblage bois se mesure aussi à son comportement élastique, c’est-à-dire à sa capacité à se déformer légèrement sous charge puis à revenir à sa forme initiale. Le module d’élasticité longitudinale du bois, couplé à la géométrie de l’assemblage, joue un rôle déterminant dans la sensation de rigidité d’un meuble ou d’une structure. Un cadre assemblé à tenon-mortaise présentera par exemple beaucoup moins de « flou » sous charge qu’un cadre équivalent monté au tourillon, même si ce dernier ne casse pas.
Les assemblages traditionnels tirent pleinement parti de cette élasticité contrôlée. Les épaulements du tenon, les repos de l’embrèvement ou les flancs d’une queue d’aronde viennent travailler en compression et en frottement, deux domaines où le bois massif excelle. Le résultat, pour vous utilisateur, se traduit par un meuble qui ne « craque » pas, ne prend pas de jeu prématurément et conserve une géométrie stable malgré les variations d’hygrométrie et les sollicitations quotidiennes.
À l’inverse, certains assemblages modernes très dépendants du collage et du comportement des inserts (tourillons, biscuits) peuvent présenter une élasticité initiale plus marquée, donnant une impression de souplesse ou de micro-jeux. Cela n’est pas forcément problématique dans un caisson de cuisine ou une tablette d’étagère, mais devient inacceptable pour un escalier ou un ouvrant lourd. Là encore, la clé réside dans un choix judicieux du type d’assemblage en fonction de la typologie d’ouvrage et des attentes en matière de confort d’usage.
Charges admissibles en kn pour connecteurs métalliques lamello
Les fabricants de systèmes d’assemblage comme Lamello publient désormais des tableaux détaillés indiquant les charges admissibles en kilonewtons (kN) pour leurs connecteurs métalliques. Ces données, obtenues à partir d’essais normalisés, permettent de dimensionner précisément un assemblage démontable ou invisible en fonction des efforts à reprendre. Certains connecteurs Lamello de dernière génération, conçus pour des applications structurelles légères, peuvent ainsi reprendre plusieurs kilonewtons en traction ou en cisaillement lorsqu’ils sont correctement ancrés dans le bois.
Dans la pratique, cela ouvre des perspectives intéressantes pour la menuiserie contemporaine : panneaux muraux démontables, meubles modulaires, cloisons amovibles ou comptoirs de magasin peuvent être assemblés avec ces connecteurs tout en offrant une résistance suffisante pour un usage intensif. L’avantage par rapport à un assemblage collé réside dans la possibilité de démontage, de réglage ou de remplacement d’un élément sans détériorer la structure globale. On gagne ainsi en flexibilité tout en gardant une marge de sécurité mécanique.
Il convient toutefois de rappeler que ces charges admissibles en kN supposent un respect strict des conditions d’essai : essence de bois donnée, profondeur d’ancrage, visserie spécifique, etc. Sur du MDF ou du panneaux alvéolaire, les performances réelles peuvent être nettement inférieures à celles annoncées pour du hêtre massif. Avant d’utiliser ces connecteurs comme solution principale pour des menuiseries bois fortement sollicitées, il est donc indispensable de vérifier leur adéquation avec le support et l’usage, voire de réaliser quelques tests à l’atelier.
Contraintes économiques : temps de fabrication et rentabilité d’atelier
Au-delà des considérations purement techniques, le choix entre assemblage traditionnel et technique moderne est aussi dicté par la réalité économique de l’atelier. Un tenon-mortaise réalisé à la main, parfaitement ajusté et chevillé, peut demander plusieurs dizaines de minutes de travail, voire plus si l’on intègre les temps de traçage, de mortaisage, de débit et de finition. À l’inverse, un assemblage par dominos ou lamelles, une fois la machine réglée, se réalise en quelques minutes avec un niveau de précision suffisant pour des menuiseries de série.
Pour une entreprise artisanale, la rentabilité repose donc sur un équilibre subtil. Les assemblages traditionnels seront réservés aux ouvrages à forte valeur ajoutée : menuiserie bois extérieure haut de gamme, mobilier sur mesure d’exception, escalier en bois massif ou agencements architecturaux visibles. Les techniques modernes, plus rapides, prendront le relais pour les productions répétitives, les caissons, les agencements intérieurs et les menuiseries où le budget du client ne permet pas un temps de main-d’œuvre important.
Un autre paramètre à intégrer est le coût d’investissement dans le parc machines. Une fraiseuse Domino, une lamelleuse professionnelle ou une tourillonneuse de précision représentent un budget significatif, mais qui peut être amorti rapidement si le volume de production suit. À l’inverse, un atelier qui ne réalise que quelques pièces par an aura tout intérêt à privilégier des techniques plus « low tech », quitte à accepter des temps de fabrication plus longs compensés par un positionnement haut de gamme sur la menuiserie bois traditionnelle.
Compatibilité essences de bois : chêne massif versus panneaux MDF
Toutes les techniques d’assemblage ne réagissent pas de la même manière selon l’essence de bois ou le type de panneau utilisé. Un tenon-mortaise dans du chêne massif, par exemple, profite pleinement de la densité et de la résistance de cette essence pour offrir un verrouillage mécanique et un comportement à long terme remarquables. Dans du MDF ou de l’aggloméré, en revanche, cette même géométrie perdrait une grande partie de son intérêt, faute de fibres capables de reprendre correctement les efforts autour de la mortaise.
Les systèmes modernes comme les lamelles, dominos et tourillons ont justement été pensés pour s’adapter aussi bien au massif qu’aux panneaux dérivés du bois. Les biscuits en hêtre compressé accrochent bien dans les chants d’aggloméré ou de MDF, tandis que les tourillons cannelés exploitent au mieux la faible épaisseur de ces panneaux pour créer un serrage efficace. Les connecteurs métalliques type Lamello Zeta P2, quant à eux, disposent souvent de versions spécifiques pour panneaux reconstitués, avec des formes d’ancrage optimisées.
Lorsque vous travaillez le chêne massif, le hêtre ou le frêne, le recours à des assemblages traditionnels bois-bois garde donc tout son sens, surtout pour des ouvrages appelés à durer plusieurs décennies. À l’inverse, pour des caissons de cuisine en mélaminé, des bibliothèques en panneaux plaqués ou des agencements en MDF, les techniques d’assemblage modernes se montrent souvent plus adaptées et plus rationnelles. L’enjeu, pour l’artisan comme pour le client final, est de ne pas transposer mécaniquement une solution d’un matériau à l’autre sans tenir compte de ces spécificités.
Critères de sélection selon typologie d’ouvrage : mobilier haut de gamme ou menuiserie de série
Au moment de trancher entre assemblage traditionnel et technique moderne, la question centrale à se poser reste : « Pour quel type d’ouvrage et pour quel niveau d’exigence ? » Un escalier en bois massif destiné à devenir l’élément architectural fort d’une maison, une porte d’entrée en chêne sur mesure ou une bibliothèque intégrée dans un appartement haussmannien justifient pleinement le recours à des tenons-mortaises, des queues d’aronde et des chevilles bois. Ici, la menuiserie ne se contente pas d’être fonctionnelle : elle incarne une valeur patrimoniale, esthétique et émotionnelle.
À l’inverse, pour des agencements de bureau, des rangements de dressing, des cuisines contemporaines en panneaux ou des meubles TV, la priorité ira souvent à la modularité, à la maîtrise du budget et à la rapidité de mise en œuvre. Les assemblages par dominos, lamelles, tourillons ou connecteurs démontables répondent alors parfaitement à ces contraintes, tout en garantissant un niveau de qualité très honorable lorsque la mise en œuvre est rigoureuse. Dans ces contextes, l’investissement dans un savoir-faire ancestral très chronophage ne se traduit pas nécessairement par une valeur perçue supplémentaire pour l’utilisateur final.
En pratique, la solution la plus pertinente consiste souvent à combiner intelligemment les deux approches au sein d’un même projet. Rien n’interdit, par exemple, de réaliser les cadres porteurs d’un meuble haut de gamme en tenon-mortaise, tout en utilisant des dominos ou des lamello pour les éléments secondaires. De même, une porte d’entrée peut associer un assemblage traditionnel pour son ossature principale et des quincailleries de dernière génération pour optimiser l’étanchéité et la sécurité. Cette hybridation raisonnée permet de tirer parti du meilleur des deux mondes : la noblesse et la pérennité des assemblages bois-bois, associées à la souplesse et à l’efficacité des techniques d’assemblage moderne.